
œuvres d'art.
La Gaspésie, chez vous

à propos.
Ancrée dans les paysages et récits de la Gaspésie, ma pratique de peinture à l'huile explore ce qui se cache sous la surface, littéralement et métaphoriquement. Depuis trois ans, je peins la faune et la flore marines locales, mais ces espèces ne sont pas de simples sujets : elles sont les témoins silencieux d'un écosystème en transformation, où chaque disparition résonne dans les vies des communautés côtières qui en dépendent. Pourtant, je me retrouve face à une frustration croissante : en cherchant à peindre ces animaux et ces récits avec clarté et justesse, je me suis enfermée dans ce que je voulais justement éviter. Mes images, aussi précises soient-elles, ferment le dialogue plutôt que de l'ouvrir. Elles donnent des réponses là où je voulais soulever des questions. Cette tension entre le désir de témoigner et le risque d'imposer une lecture unique me pousse à repenser radicalement ma manière de peindre.
Mon travail s'enracine dans l'écosystème côtier gaspésien, mais pas comme documentation régionaliste. Les espèces que je peins sont au cœur de transformations écologiques majeures qui affectent simultanément le milieu marin et les communautés humaines. Leur raréfaction n'est pas qu'un enjeu environnemental : c'est une crise sociale, économique, identitaire. Quand les crevettes disparaissent, ce sont aussi des métiers, des savoir-faire, des modes de vie qui s'effacent. Ces disparitions parallèles, espèces et communautés, sont toutes deux camouflées : l'une dans la profondeur océanique, l'autre dans les statistiques, les discours rassurants, la lenteur du changement. Mon travail quotidien d'intervenante me place au cœur de ces transformations silencieuses. J'entends les inquiétudes, je vois les adaptations nécessaires, je ressens les pertes non dites. Cette proximité nourrit ma peinture d'une urgence qui n'est pas abstraite; elle est humaine, tangible, vécue.
Mon travail se déploie comme un filet déposé dans les profondeurs d'une mer agitée, capturant l'essence fragile et puissante de la vie marine et de ses interconnexions avec les vies humaines. Mes toiles incarnent un double mouvement : elles plongent dans les profondeurs océaniques tout en explorant les abîmes intérieurs de ceux qui en dépendent. Dans cet univers que je peins, chaque vague devient émotion, chaque créature un récit, chaque tableau une fenêtre ouverte sur un monde où ce qui se cache et ce qui se révèle sont indissociables : l'eau et la lumière, les espèces et les hommes, la mémoire et l'incertitude. Ma peinture cherche à faire de cette dissimulation non pas un obstacle, mais un espace de révélation où l'on apprend à voir autrement, à accepter l'opacité, à naviguer dans les eaux troubles de notre époque.









